Tout le monde peut être un génie des maths

19. juillet 2017 Neurosciences 0
Tout le monde peut être un génie des maths

Le cerveau humain est un réseau d’environs 100 à 150 milliards de neurones. Chaque neurones peut se connecter à environ 10 000 autres neurones. Différentes expériences créent différentes connections neuronales qui suscitent des émotions différentes. En fonction des neurones stimulés, certaines connections deviennent plus fortes et plus efficaces. Tandis que d’autres peuvent devenir plus faible. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité. Peu importe ce que vous faite, la manière dont vous le faites ou quand vous le faites, vous modifiez constamment votre cerveau afin d’être meilleur dans cette fonction. Puisque la neuroplasticité est un mécanisme fondamental du cerveau, en être conscient peut grandement enrichir votre expérience de la vie.

Sentiers neuronaux

Quelqu’un qui s’entraîne pour être musicien, va créer des connexions neuronales plus fortes qui relieront les deux hémisphères du cerveau afin d’être plus créatif musicalement. Pratiquement n’importe quelle sorte de talent ou compétence peut être créée par l’entraînement. Nos pensées, nos actions créent des connexions neuronales, qui suivent ces fameux sillons neuronaux en reliant les différentes zones du cerveau concernées.

Comme l’explique Idriss Aberkane dans Libérez Votre Cerveau.  On peut parler de rivières neuronales, de routes neuronales, de sentiers neuronaux ou même de chemins neuronaux. Je pense que vous avez compris la métaphore.

Il y a des routes neuronales dans le cerveau, et elles ont leurs emplacements stratégiques : l’aire de reconnaissance visuelle des mots est située au carrefour des aires visuelle et auditive ; quant à l’aire de Wernicke, elle se trouve entre le cortex temporal, pariétal et la route qui mène au frontal (un peu comme Bâle se situe entre la Suisse, la France et l’Allemagne).

Libérez Votre Cerveau.

 

Et plus nous pensons la même chose, plus nous effectuons les mêmes gestes, plus ces connexions dans ces sillons neuronaux se font aisément et plus ces chemins neuronaux deviennent faciles à emprunter, jusqu’à être intégré au « mode automatique » de notre cerveau en fréquence 20hz, celui qui demande peu d’énergie. C’est pourquoi, la répétition devient si importante pour changer nos habitudes, les nôtres et celles de nos apprenants.

C’est ainsi que les chemins neuronaux deviennent plus épais, plus large, plus développés. Comme si on passait d’un fil à une corde. Dans l’image ci-dessous, on voit bien l’expansion des sentiers neuronaux et leurs épaississements.

Rüdiger Gamm:  tout le monde peut devenir un génie

Rüdiger Gamm était un étudiant, selon ses mots, «sans espoir» en mathématiques. Si l’on se réfère à ses bulletins scolaires, Rüdiger Gamm était nul à l’école. Difficile à croire quand on sait que ce prodige du calcul mental est capable d’énoncer, en une dizaine de secondes, le résultat d’opérations jusqu’au sextillard, qu’il est en mesure de parler à l’envers sans l’once d’une difficulté apparente et peut énoncer le jour de la semaine correspondant à n’importe quelle date piochée au hasard dans le calendrier que ce soit dans le passé ou dans le futur. Mais il persévéra à entraîner ses capacités et il devient un célèbre calculateur humain, capable d’effectuer des mathématiques extrêmement complexes. C’est lui que vous voyez calculer 73 puissance 12 de tête dans l’illustration de l’article.

Comment cela s’explique-t-il?

Par une pratique délibérée du calcul mental.

Quand j’ai remarqué que j’avais un talent, j’ai commencé à m’entraîner plusieurs heures par jour sans plan précis, mais avec une grande motivation.

Rüdiger, déclarait n’avoir jamais particulièrement brillé à l’école et ne s’être intéressé aux maths qu’à l’âge de 21 ans en vue d’un concours télévisé. Il mémorisa alors intensivement des chiffres et des processus de calculs. C’est ainsi qu’il a renforcé ses connexions neuronales en calcul mental et a de cette façon commencer à utiliser des nouvelles aires cérébrales. C’est par le travail et l’expression délibérée (il travaillait pour progresser, pour être meilleur et non pas pour obtenir une bonne note), que Gamm a ainsi développé son cerveau. C’est ainsi qu’il s’est progressivement libéré des dogmes habituels que les boîtes cognitives lui imposaient. Qu’importe qu’il ait toujours eu des résultats médiocres en mathématiques à l’école et qu’on lui ait rabâché qu’il n’était pas fait pour cela. Il a réussi à être maître de son cerveau et à devenir un génie des maths. Il a réussit à s’extirper hors des boîtes cognitives.

En 2001, une équipe française a étudié le cerveau de Rüdiger Gamm par tomographie à émission de positons (TEP). La TEP met en relief les aires cérébrales qui consomment plus de glucose durant une tâche donnée. En l’occurrence, l’équipe s’est penchée sur l’analyse de son cerveau lorsqu’il faisait du calcul mental. Les résultats sont bluffants: si Gamm utilisait bien des aires cérébrales classiques, il en utilisait aussi d’autres. Il s’agissait d’aires, de son cortex ou de son cervelet, que tout le monde possède, mais que la plupart des gens ne sollicitent pas pour effectuer des calculs : on notait en effet chez Gamm une activation entorhinale, hippocampique, et cérébelleuse.

En plus d’utiliser sa mémoire de travail classique, Rüdiger Gamm utilise sa mémoire spatiale, sa mémoire épisodique et sa mémoire procédurale (à laquelle prennent part le cervelet et le cortex moteur). Ces modules sont beaucoup plus puissants, ils peuvent soulever des poids cognitifs plus vite et avec moins d’effort que la mémoire de travail (celle que nous utilisons habituellement pour retenir un numéro de téléphone). Nous avons tous une mémoire épisodique, une mémoire procédurale et une mémoire des lieux, peut-être aussi développées que celle de Rüdiger Gamm, simplement nous ne les sollicitons pas pour faire des calculs mentaux. Nous les utilisons pour savoir où nous sommes partis en vacances (mémoire épisodique), comment faire un nœud de cravate (mémoire procédurale), ou afin de se déplacer chez nous dans le noir (mémoire spatiale et aussi épisodique).

Et pour continuer d’utiliser son cerveau de cette façon, Rüdiger Gamm s’entraîne quotidiennement plusieurs heures à apprendre et répéter des connaissances numériques: l’acquisition, l’entretien et le maintien d’une expertise exigent un travail quotidien permanent au détriment d’autres domaines.

Neuroergonomie et utilisation du cerveau

Idriss Aberkane définit la neuroergonomie comme l’art de bien utiliser le cerveau humain. La neuroergonomie vise à concevoir des systèmes plus sûrs, garantissant une efficience plus grande du couple opérateur/système, en se basant sur les connaissances actuelles et émergentes dans le domaine. Elle permet également une meilleure compréhension des fonctions exécutives et des performances humaines en situation.

 

Ce qui fait de Gamm un prodige, ce n’est donc pas une plus grande intelligence, un plus grand cerveau  mais une capacité à l’utiliser ergonomiquement et cela passe par un travail énorme. Ses performances sont des purs cas de neuroergonomie. Tout le monde peut être un génie. Car ces connexions neuronales, ces facultés en neuroergonomie sont largement acquises, très peu innées, et elles relèvent souvent d’une pratique à la fois acharnée et inspirée (ce que K. Anders Ericsson appelle la pratique délibérée).

Par conséquent, je suis profondément convaincu qu’avec des centaines, des milliers d’heures de pratique, tout le monde pourrait atteindre ces performances. Cependant, tout le monde ne souhaite pas être un calculateur humain.  Mais je veux juste montrer qu’il n’y a pas d’acquis, contrairement à ce que les boîtes cognitives vous imposent. Il faut dépasser ce que l’on nous rabâche sans cesse! Soyons rêveur et allons au bout de nos rêves!

C’est pourquoi à mon sens nous pouvons et surtout devons tous être des génies à part entière et  nous devons arrêter de répondre à des modèles qui nous définissent par avance.


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