Qu’est-ce que j’appelle boîte cognitive? Mentalisme et Neurosciences

Qu’est-ce que j’appelle boîte cognitive? Mentalisme et Neurosciences

Hello,

Dans cet article je vais tenter de vous expliquer ce que j’appelle boîte cognitive. Pour comprendre cela, nous allons nous plonger dans les neurosciences et leurs applications. Nous allons ainsi nous pencher sur le fonctionnement du cerveau afin de pouvoir penser par soi-même et penser librement. Penchons nous tout d’abord sur les puissants conseils de Socrate à ce sujet :

« La plus grande manière de vivre avec honneur dans ce monde consiste à être ce que nous prétendons être. Pour vous retrouver, assumez le risque de penser par soi-même. L’esprit est la source de tout pouvoir; vous devenez ce que vous pensez. »

Mentalisme et compréhension du cerveau

Contrôler le cerveau d’autrui en l’encombrant

Les mentalistes utilisent nos biais cognitifs et faussent ainsi nos prises de décisions. En somme, ils se servent des raccourcis neuronaux issus des boîtes cognitives que nous avons sur la tête. Le mentalisme (du latin mens, « esprit ») est une approche qui vise à comprendre le fonctionnement de l’esprit humain et plus particulièrement de la conscience. Le mentalisme repose sur la neuroergonomie, sur l’expertise du cerveau en particulier celle sur ses biais et ses raccourcis neuronaux.

Derren Brown, grand mentaliste britannique, encombre l’esprit de vendeurs en leurs demandant des tâches spatiales très précises. En posant les bonnes questions et en utilisant la bonne formule au bon moment (“Take it, it’s fine”), il encombre notre esprit et nous empêche de penser librement. Il fait ainsi en sorte que nous prenions ces raccourcis neuronaux et tombons dans ses pièges.  En d’autres termes, il nous induit dans nos biais cognitifs et réussit de cette façon à contrôler notre pensée à notre place…

Regardez cette vidéo. On le voit réussir à payer des commerçants (2  fois sur 3) avec du papier blanc.

 

Quand un mentaliste fausse nos prises de décisions

Remi Larrousse, un mentaliste français, explique dans une conférence TED les 3 pièges de la pensées qui faussent nos prises de décisions.

  • Le Cadrage serré

Le Cadrage serré apparaît lorsque nous réduisons naturellement nos possibilités de choix. Parce que notre cerveau simplifie en permanence.Il doit simplifier pour gérer la complexité du quotidien. C’est ce que nous appellerons plus bas les biais cognitifs.

Illustration: il demande à une foule de fermer les yeux, puis demande à chacun d’imaginer un écran blanc, puis il demande à chacun d’imaginer un dessin simple sur cet écran blanc (quelque chose que l’on puisse reproduire où dessiner rapidement). Formulé de cette façon, et avec l’intonation qui convient,  l’esprit d’un spectateur va mobiliser rapidement des images simples et familières. C’est ainsi, qu’il arrive à deviner en 3 coups 90% des dessins de chacun des spectateurs, pour l’illustrer il fait s’asseoir tous ceux dont il trouve le dessin.

Ce cadrage serré c’est le premier automatisme de la pensée dont il faut se méfier. C’est exactement ce que j’essaye d’expliquer lorsque je parle de boîtes cognitives. Sans le vouloir, nous tombons dans cet automatisme de la pensée qui limite notre cognition.

  • Les fausses corrélations. 

Ces fausses corrélations proviennent de notre capacité à créer des liens de cause à effet, entre des éléments qui ont peu en commun pour créer du sens et nous convaincre. C’est le même principe que la dissonance cognitive que nous verrons plus bas.

Illustration : dans un autre exercice, Remi Larrousse fait croire qu’il va deviner le nom auquel pense une spectatrice. Il récite ainsi les lettres de l’alphabet en déduit progressivement certaines lettres. Lorsque l’on voit faire, automatique notre hypothèse va être qu’il s’est servi des réactions non-verbales de la spectatrices pour en déduire le prénom. Et bien c’est exactement ce que veut qu’on fasse Remi Larrousse. Il nous a mis une boîte cognitive sur la tête qui nous empêche de penser. Cette corrélation entre réaction physique de la spectatrice et sa capacité à deviner le prénom est totalement fausse! C’est lui qui l’explique à la fin de la conférence. C’est un faux lien logique que le mentaliste place volontairement pour masquer le réel secret du tour de magie.

Ces fausses corrélations sont naturelles dans le cerveau, c’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive. Et ces fausses corrélations représentent le deuxième piège de la pensée qui fausse nos prises de décision. Notre inconscient va avoir tendance à aller chercher les faits qui vont confirmer notre intuition, les signaux contraires ou les contre-arguments seront naturellement écartés ou considéré comme des exceptions. Parce que notre inconscient va valider ce que nous voulions prouver par avance.

  • L’Excès d’information

Dans un spectacle de mentalisme, la première réaction en sortant du spectacle va être qu’on manquait d’information. On se dit que si l’on avait été en coulisse, on aurait mieux vu donc mieux compris. Alors qu’en réalité, c’est l’inverse! Nous avions tous les éléments pour comprendre, c’est juste que notre esprit n’a pas su distinguer les informations importantes de celles superflues (à savoir le regarder faire semblant d’analyser sa réaction corporelle). C’est ce que nous appellerons plus bas la cécité d’inattention.

Il faut donc se méfier de ces 3 pièges de la pensée qui influent nos cognitions et nos décisions. Ce sont ces 3 pièges de la pensées (Cadrage Serré, Fausse Corrélation et Excès d’information) qui forment la base des boîtes cognitives dont je veux qu’on sorte. Je fais le rapprochement en détail plus bas.

Neuroergonomie et fonctionnement du cerveau

Ces 3 pièges de la pensées qu’on utilise en mentalisme sont également expliqués scientifiquement par les Neurosciences. Ce sont les biais cognitifs, la dissonance cognitive et enfin la cécité d’information.

Biais cognitif

Un biais cognitif est un mécanisme de la pensée, qui cause une déviation du jugement. Le terme biais fait référence à une déviation systématique par rapport à la réalité. Ces biais cognitifs ne sont généralement pas conscients. Certains de ces biais peuvent en réalité être efficaces dans un milieu naturel tel que ceux qui ont hébergé l’évolution humaine, permettant une évaluation ou une action plus performante ; tandis qu’ils se révèlent souvent inadaptés à un milieu artificiel moderne. Autrement dit, ce qui nous sauvait jadis la vie, nous empêche d’en être maître aujourd’hui…

1. Le biais de confirmation: Nous attribuons plus d’attention à ce qui confirme nos croyances qu’à ce qui les infirme.

Nous avons tendance à nous souvenir d’abord de ce qui renforce nos croyances. Notre cerveau va donc naturellement peupler sa vie mentale de choses qui nous confortent plutôt qu’elles ne nous déstabilisent. Quand deux personnes discutent sur « fait », c’est déjà de la réalité déformée, puisque chacun projettera ses souvenirs sur ce faits et ne le verra donc pas comme tel.

Le cerveau aime voir se confirmer ses croyances. Lorsqu’il projette une idée sur le monde et qu’elle est validée, le cerveau va déclencher une forte vague de dopamine (La dopamine est le neurotransmetteur dont la libération est associée à la prise de cocaïne, la prise alimentaire ou encore l’orgasme). On comprend alors comment la confirmation de nos croyances peut devenir un vice addictif.

On voit alors la difficulté qu’il y a de sortir de nos boîtes cognitives. Le biais de confirmation qui nous pousse à retenir ce qui conforte nos croyances et à rejeter ce qui les ébranle ; à créer un système de croyances qui nous permet d’agréger entre eux des faits (qui ne sont pas forcément liés), et de projeter ce système sur la réalité. Il est très rare que nous puissions voir la réalité telle qu’elle est, sans le filtre déformant de nos croyances et de nos conditionnements.

2. Le biais de mémorisation: Notre mémoire n’est pas fiable.

C’est la préférence pour un type de traitement des informations ou des types de souvenirs particuliers par exemple sous l’influence d’états affectifs. En effet,  La difficulté de se souvenir de situations ou d’expériences positives dans le passé peut produire des conclusions erronées. Nos souvenirs, en plus d’être partiaux, sont peu fiables en soi.

C’est pour cela que François de La Rochefoucauld disait:

«Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement

3. Le biais d’échantillonnage : il est plus facile de faire la couverture en mal qu’en bien

 Selon un vieux proverbe Indien, « un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse». Ainsi, lorsque l’on regarde l’information auquel nous avons accès, nous nous rendons compte qu’elles sont biaisés. On a beaucoup plus souvent accès à des informations négatives qu’a des informations positives. Ainsi, les données que nous avons dans notre cerveau sont biaisé et influencent de cette façon notre cognition qui aura lieu a posteriori. Par conséquent, nos jugements futurs se feront en fonctions de ces données biaisés.

Pour comprendre comment fonctionne la cognition et comment nous formulons nos jugements, nos décisions, regardons l’échelle d’inférence de Chris Argyris. Nous vivons dans un monde de croyances « auto-élaborées » qui, en majeure partie, ne sont jamais soumises à un examen. Nous adoptons ces croyances parce qu’elles sont basées sur des conclusions déduites de ce que l’on observe et de notre expérience passée. Chris Argyris appelle « échelle d’inférence » le mécanisme mental universel par lequel l’abstraction va grandissant et qui peut mener à des croyances peu judicieuses

 

Idriss Aberkane explique le biais d’échantillonnage dans Libérez Votre Cerveau  en se penchant sur le biais d’échantillonnage des informations relatives à l’immigration.

« Prenons le cas de l’immigration. Il est bien plus difficile pour un immigré de faire parler de lui en bien qu’en mal. Personne ne voudrait rapporter le cas d’un immigré honnête, intégré, normal. Pour qu’on parle de lui, il faudrait que l’immigré ait accompli quelque chose d’« exceptionnellement bien » (ce qui sera toujours moins frappant que le “simplement mal”). »

Nous voyons ainsi, que les informations que reçoit notre cerveau sur l’immigration sont biaisés négativement. Et par conséquent, quand nous reprenons l’échelle d’inférence de Chris Argyris, notre cognition a posteriori se fera à partir de ces informations biaisées stockées dans la mémoire…

 

4. Le biais de sidération:  les mauvaises nouvelles sont mieux mémorisées que les bonnes.

Il existe un biais négatif dans notre cerveau qui permet de retenir rapidement des expériences négatives, notamment via l’activation de circuits cérébraux spécialisés dans le contrôle des émotions. Ces circuits concernent en particulier une région du lobe temporal interne, appelée « amygdale ». L’amygdale est fortement activée par des situations de peur ou de menace (objective ou subjective) et déclenche alors un ensemble de réactions physiologiques, y compris un relâchement d’hormones de stress et de neurotransmetteurs, ce qui va influencer le fonctionnement de l’hippocampe et des régions du cerveau responsables de la perception des événements en cours. Ceci laissera une trace plus forte de ces événements en mémoire.
Idriss Aberkane explique l’origine de ce biais de sidération dans Libérez Votre Cerveau par la sélection naturelle qui a permis à l’Homme de survivre à l’ère glaciaire.
«Que ce soit du point de vue de la mémorisation ou de la perception, notre cerveau souligne bien plus les signaux négatifs que les signaux positifs. Il met davantage en évidence la punition que la récompense parce que, dans la nature, la punition est risque de mort tandis que la récompense est chance de repas. A l’ère glaciaire, en effet, une bonne nouvelle, c’était de la nourriture ou une opportunité de reproduction, au mieux. Une mauvaise nouvelle, c’était la mort. La pression sélective étant asymétrique entre bonne et mauvaise nouvelle pour notre cerveau, il a appris à donner beaucoup plus de poids à l’information relative au danger qu’à celle relative au plaisir.»
A partir de ces 4 biais, apparaissent des erreurs de perceptions universelles que nous pratiquons tous.
  • L’effet de Halo : Erreur de perception qui consiste à se faire une impression générale d’une personne ou d’une situation en se basant sur une seule de ses caractéristiques. Par exemple, Clifford a pu montrer en 1975 que des personnes étaient jugées plus intelligentes que d’autres uniquement sur la base de leur attrait physique.
  • L’effet Pygmalion ou les prophéties auto-réalisatrices: En croyant que quelque chose est vrai, on le rend réel même si c’était faux de base. Par exemple, Rosenthal a réalisé l’expérience suivante : il a séparé au hasard douze rats en deux groupes égaux, puis a donné chaque groupe à six étudiants chargés de les faire traverser un labyrinthe.
    • il a informé le premier groupe que leurs rats sont extrêmement intelligents : on doit donc s’attendre à des résultats exceptionnels de la part de ces animaux.
    • il a informé le second groupe que leurs rats n’ont rien d’exceptionnel et que pour des causes génétiques, il est fort probable qu’ils auront même du mal à trouver leur chemin dans le labyrinthe.

    En réalité, la répartition des rats est effectuée tout à fait par hasard. Il n’y avait aucune différence “d’intelligence” entre les deux groupes de rats.

    Ce qui est observé par les chercheurs est étonnant. Les rats soi-disant intelligents sont, finalement, beaucoup plus performants que les rats soi-disant idiots; les premiers sont ‘devenus intelligents’ tandis que les seconds sont devenus ‘très bêtes’. Les résultats confirment très largement les prédictions fantaisistes effectuées par Rosenthal : certains rats du groupe no 2 ne quittent même pas la ligne de départ…

    L’élément crucial qui est entré en jeu est le fait que les étudiants aient été convaincus que leurs rats étaient très intelligents, ils se sont comportés en accord avec cette hypothèse, les stimulants, leur accordant de l’attention, de la sympathie, de la chaleur, de l’amitié, et inversement. Et ils ont de ce fait suscité la confirmation de leur hypothèse, ce qui s’est traduit par des performances meilleures de leurs rats….. intelligents.

D’où la maxime célèbre:

« Il n’est pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. »

  • Le phénomène d’attribution: Processus par lequel les personnes expliquent des comportements et jugent des attitudes en induisant ou en déduisant des causes de comportements à partir d’évènements ou d’éléments internes aux personnes. Incontestablement, les individus ont une forte propension à formuler spontanément des attributions. Nous avons besoin de savoir ce qui se passe autour de nous et d’en donner une explication cohérente… C’est ce que j’expliquais dans l’article précédent sur l’éducation. Quand tombe les notes du BAC, nous les prenons pour acquis, et a posteriori nous cherchons à trouver les causes (internes et externes) de cette note.. On dira ainsi qu’un étudiant médiocre qui a une bonne note a eu de la chance, qu’il a eu un très bon professeur ou alors qu’il est  en réalité très intelligent, simplement paresseux durant l’année… Cependant, si sa copie avait été corrigée par un autre correcteur, peut être aurait-il eu une mauvaise note et l’on aurait naturellement expliqué cela par sa médiocrité annuelle….

Dissonance cognitive

La résonance cognitive survient lorsque ce que nous venons d’apprendre s’insère parfaitement dans nos schémas de pensée. C’est ce qu’on a vu plus haut avec le premier biais, le biais de confirmation.

À l’inverse, lorsque ce que nous venons d’apprendre entre en conflit avec nos schémas de pensée, se produit la dissonance cognitive, qui peut nuire à notre apprentissage. la dissonance cognitive ou est la simultanéité de cognitions qui entraînent un inconfort mental en raison de leur caractère inconciliable ; ou l’expérience d’une contradiction entre une cognition et une action. Ainsi quand les faits auxquels nous sommes confrontés semblent incompatibles entre eux,  on ressent un état de tension désagréable.

Gaston Bachelard comprenait avant qu’on la nomme de cette façon, le principe de la dissonance cognitive.

«Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés.»

La dissonance cognitive va être réduite par le cerveau

Juste après cette état de tension induit par la dissonance cognitive, le cerveau va faire en sorte de trouver une autre explication rationnelle qui va contrecarrer cette dissonance cognitive. Notre cerveau va chercher par tous les moyens à réduire cet état de tension. Voici les 4 méthodes les plus classiques que le cerveau mets en place tout seul.

  • Le rajout d’une cognition consonante: On va ajouter une cognition supplémentaire qui va rendre notre action moins grave. On va se prouver que notre action est normale et que l’on a fait le bon choix.  C’est ce qu’on fait au quotidien quand on essaye de se justifier que le choix qu’on a fait était le bon choix.
  • La trivialisation. Elle consiste à dévaloriser notre acte. Exemple dans la fable du Renard et des raisins d’Ésope : le renard n’arrive pas à attraper ses raisins, il se convainc que finalement, ces raisins n’avaient pas l’air si fameux que ça.
  • Le support social. En rencontrant des personnes qui ont la même dissonance cognitive, cela va nous rassurer. Le cas du fumeur : pourquoi deux fumeurs qui ne se connaissent pas auront tendance à discuter tout naturellement s’ils fument sur le même banc dans un parc public ? Simplement car ce sont deux personnes qui ont la même dissonance cognitive.
  • La rationalisation consonante.  Se mets en place un processus de rationalisation qui va modifier nos croyances pour les mettre en phase avec l’information qui était contradictoire.Par exemple, l’effet placebo serait une conséquence d’un état de dissonance cognitive. Refusant que son investissement financier dans le traitement soit totalement inutile, le patient recherchera en lui des signes de l’amélioration de sa santé, afin de réduire la dissonance. Il peut même guérir s’il y a une composante psychologique importante dans sa maladie.

 

Cécité d’inattention

Pour illustrer la cécité d’inattention  regardez cette vidéo Youtube. Deux équipes de basketteurs – l’une en gris, l’autre en blanc – se font des passes. Le spectateur est invité à compter le nombre de passes que se fait l’équipe blanche. À la fin de la vidéo, on lui donne le nombre exact et on lui demande s’il a remarqué quelque chose d’étrange. Dans l’une des vidéos, c’est un homme déguisé en gorille qui passe dans le champ en se frappant le torse. La majorité des sujets ne remarquent pas consciemment le gorille parce qu’ils sont trop absorbés par le décompte des passes. On peut prouver que leur cerveau a bien vu quelque chose, mais la tâche en cours bloque l’accès de cette information à leur conscience, qui est un espace limité et qui a besoin de concentration pour réaliser une tâche. Henri Bergson avait raison : « L’œil ne voit que ce que l’esprit est préparé à comprendre. »

 

 

Apparition des boîtes cognitives

 

Ces pièges de la pensées que nous avons analysé plus haut ( Cadrage Serré ou Biais Cognitifs / Fausse Corrélation ou Dissonance Cognitive /Cécité d’inattention) forment ainsi ce que j’appelle boîtes cognitives qui nous empêchent de penser par nous-même. Ces 3 concepts forment ainsi les arrêtes de la boîte cognitive (largeur, longueur et hauteur). Ces 3 concepts sont donc la base de ce que je nomme boîte cognitive. Et ainsi cette boîte cognitive nous précipite dans ces chemins biaisés de la pensée que nous empruntons trop naturellement parce que ces sentiers neuronaux sont justement plus développés que les autres….

Maintenant que nous avons identifié cette boîte cognitive à partir de ces 3 pièges de la pensée. Il faut donc les garder à l’esprit, se souvenir que notre cognition est influencée par ces biais cognitifs et il faut en outre chercher à en sortir quotidiennement.

 

Méthodes pour sortir de ces boîtes cognitives

 

  • Une façon de minimiser ces pièges de la pensée et sortir ainsi un pied des boîtes cognitives, c’est de poser un regard sur soi.  D’avoir conscience de son propre mode de raisonnement lors d’une prise de décision (C’est exactement ce que je dis dans l’introduction lorsque je parle de méta-cognition). C’est pour cela que je vous dit, qu’il faut se rappeler en continu que notre pensée est biaisée par ces boîtes cognitives. Il faut être conscient de ces raccourcis neuronaux et se rendre compte quand nous les empruntons.

 

  • Une façon de sortir du cadrage serré et des bais cognitifs classiques est de se poser des questions alternatives, en élargissant notre vision. Par exemple, pour répondre à la question issue du cadrage serré:

“Est-ce que je dois accepter le poste qu’on me propose à l’étranger pour faire évoluer ma carrière”?

Il faut alors se poser la question alternative suivante:

” Si on ne me proposait pas ce poste à l’étranger et que je voulais faire évoluer ma carrière, qu’est-ce que je pourrais faire par moi-même pour le réaliser? “

Cela permet de stimuler l’imagination, de trouver d’autres options et d’éviter de se laisser enfermer dans un choix binaire. Utiliser des questions alternatives est très facile à mettre en place. Il suffit juste d’y penser. La réponse à la question initiale est peut-être OUI, mais il faut néanmoins prendre de l’ouverture, chercher à voir si on aurait tout de même choisis cette option, si une troisième option plus disposée à répondre à notre but initial était apparue.

 

  • Un façon de sortir de la dissonance cognitive et des fausses corrélations est de défendre la propositions la moins crédible (même si l’on n’y croit pas).

Nous partons du postulat que nous allons défendre la proposition qui semble être la moins pertinente initialement, et nous allons essayer de trouver les donnés, les faits qui la prouverait (comme l’on fait avec la dissonance cognitive en réalité). Il faut prendre du recul par rapport à nos intuitions. Identifier notre but et chercher à identifier ce qui nous permettra d’y accéder. En défendant la proposition la moins crédible initialement par rapport à mon but, j’identifie ainsi vraiment mes objectifs et les outils qui me permettront d’y accéder.

C’est un peu comme si l’on pratiquait  la maïeutique de Socrate mais avec soi-même. La Maïeutique désigne l’interrogation sur les connaissances. Socrate parlait de « l’art de faire accoucher les esprits ». La méthode socratique repose sur l’interrogation et le questionnement afin de faire exprimer un savoir caché en soi. C’est donc l’art du questionnement, qui permet de trouver sa vérité et ses réponses.

En défendant la proposition la moins crédible, on se questionne et s’interroge afin de trouver des faits qui viendraient justifier qu’on choisisse cette proposition la moins crédible. C’est en se questionnant de la sorte et en acceptant que l’information (dans notre mémoire) qui base notre réflexion soit biaisé; i.e. en acceptant qu’une boîte cognitive est peut-être en train d’altérer notre jugement et qu’en réalité nous ne voudrions pas faire ce choix; que l’on peut mettre un pied hors de la boîte cognitive et sortir de la dissonance cognitive.

 

  • Pour éviter de tomber dans le piège de l’excès d’information: il faut utiliser l’outil du 103. Il s’agit de se projeter dans l’avenir en fonction de 3 échéances chronologiques: que pensera-t-on de cette décision dans 10 min? Dans 10 mois? Dans 10 ans? On mets ainsi de côté les faits, les informations pour se concentrer sur nos priorités essentielles.
En conclusion, il est difficile d’échapper aux pièges de la pensée et donc par conséquent de sortir de ces boîtes cognitives. Cependant, c’est possible en prenant de la hauteur, par exemple en utilisant les 3 méthodes énoncées plus hauts.
Il faut en outre savoir que ces boîtes existent et influencent nos décisions. Il faut se rappeler continuellement que notre pensée peut être biaisée et par conséquent chercher à éviter ces raccourcis cognitifs en prenant de la hauteur dans notre réflexion. Du reste, autre façon de prendre de la hauteur et de sortir des boîtes cognitives se nomme la réduction eidétique d’Edmond Husserl. Il s’agit éliminer les éléments empiriques pour atteindre les réalités ultimes que sont les essences. Nous verrons cela dans un prochain article.

Ouverture

Toujours afin d’expliquer ces boîtes cognitives qui nous influencent, je mets en ouverture une conférence TED du spécialiste d’Economie Comportementale, Dan Ariely, l’auteur de “Prévisiblement Irrationnel”. Il utilise des illusions d’optique et ses propres surprenantes (et parfois choquantes) conclusions de recherche pour démontrer que nous ne sommes pas aussi rationnels que nous le pensons lorsque nous prenons des décisions. Il mets en évidence des pièges de la pensée dans lesquels nous tombons continuellement et illustre ainsi ce que j’appelle boîte cognitive.


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