C’est où “anywhere out of the box” ?

10. juillet 2017 Introduction 0
C’est où “anywhere out of the box” ?

Ce premier article est un article introductif, où je tente d’expliquer ma vision de ce que j’appelle les boîtes cognitives. J’explique d’où vient ma réflexion, qui sont les rêveurs qui m’influencent et je tente d’expliquer ce que je veux accomplir, bien que j’en sois moi-même incertain. Bref c’est une introduction.

La recherche de l’ailleurs

Dans son poème en prose Anywhere out of the world , Baudelaire nous explique que nous n’arrivons pas à être heureux, que nous avons le sentiment de ne jamais être à notre place, et que nous passons notre vie à désirer un lieu que l’on ne peut atteindre : l’ailleurs. C’est cette envie d’ailleurs qui a poussé Ulysse à quitter Ithaque, Vasco de Gama à découvrir les Indes, Thomas Pesquet à s’envoler pour la station spatiale internationale et plus généralement ce qui nous fait rêver de tout plaquer et de partir au bout du monde. Bref un sentiment d’insatisfaction récurrent connu de tous. Ne me dite pas que cela ne vous est jamais arrivé de vous sentir piégé par votre vie et d’avoir envie de fuir la réalité et de partir loin, très loin, le plus loin possible s’il le faut… Vous pouvez aller faire un tour sur la page Facebook Partir Loin si vous avez des envies d’ailleurs.

 

Ce désir d’ailleurs, le rappeur Disiz La Peste l’illustre par la métaphore du Carré Bleu (Pacifique, 2017).

 

« Le carré bleu, c’est une fenêtre de sortie. C’est une espèce de métaphore: quand t’es dans un endroit, que tu sens pas bien, que t’en peux plus et que t’as envie de t’évader… Bref c’est tout ça la métaphore du carré bleu ! Dans ce morceau, j’ai envie de m’extraire du monde. J’en peux plus de ne pas supporter l’époque dans laquelle on vit et j”ai besoin de sortir de toutes ces cases et de ces habitudes. J’ai envie de m’extraire de tout cela. »

« Il fallait fuir la réalité
Lourde est l’artillerie des gens d’à côté
Donc, enfermé là, j’rêve d’un carré bleu
J’veux m’évader d’eux, j’veux m’évader d’eux

Carré bleu, j’rêve d’un carré bleu
J’veux m’barrer d’là, j’veux m’barrer d’là »

Dans Prélude (à la rébellion des coeurs), Disiz explique son besoin de s’extraire des boîtes cognitives.

On me demande toujours à qui s’adresse ma musique. Je déteste qu’on me mette dans une case ! Je vais pas moi-même le faire en disant que je rappe pour telle ou telle personne…

 « Rester, c’est exister. Voyager, c’est vivre. » (Gustave Nadaud)

Imaginez deux secondes que vous êtes seul en haut de la montagne Huangshan (Chine). Fermez les yeux et imaginez-vous loin de la réalité, loin de tous vos problèmes qui vous minent le moral. Ce serait tellement bien de se couper de tout cela juste 2 minutes pour vous perdre cette mer de nuage qui s’étend à perte de vue.

 

 

On comprend peut-être maintenant l’évasion du Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar Friedrich. Ce que le personnage semble regarder en effet n’est pas ici « le spectacle de la nature, mais un paysage intérieur » |1| propice à l’introspection, et qui n’est autre que la manifestation d’un moi absolu, exprimant la recherche spirituelle. 
Si Baudelaire souhaitait aller “anywhere out of the world “, avec ce site internet, je ne veux pas vous faire quitter le monde au sens physique et spatial mais vous faire sortir des boites cognitives dans lequel le système nous a enfermé sans que nous nous en rendions compte. Un peu comme la maxime très connue “think outside of the box”.

 

« Instead of thinking outside the box, get rid of the box. » (Deepak Chopra)

Ces boites cognitives |2| qui nous empêchent de penser par nous-même et d’être maître de nos vies sont les boites que décrivaient l’essayiste Pierre Rhabi lors de la conférence TEDxParis en 2011. De la maternelle à la mort, nous sommes enfermés dans des boites qui décident de nos choix à notre place.

La première boite c’est l’école où le but du jeu est d’apprendre par coeur des connaissances sans en comprendre l’utilité. On apprend pour obtenir une note et par extension pour pouvoir la montrer à nos parents, à nos pairs. Et même si cette note n’a pas de valeur en soi, nous la sacralisons et  fondons malheureusement notre essence désormais dessus, et rien sur la connaissance derrière la note.

Existe-t-il une vie avant la mort?

Cette première boîte, i.e. le système éducatif en général,  nous enferme donc terriblement dans notre réflexion et sera ensuite suivie par d’autres boîtes qui seront encore plus conformantes. Ces boîtes cognitives, que nous nous mettons sur la tête, s’agencent entres elles pour former une gigantesque boîte cognitive que beaucoup d’hommes politique prétendent critiquer et décrivent comme ” le système”.

 

« De la maternelle à l’Université, on est enfermés, on appelle ça un “bahut”, tout le monde travaille dans des boîtes, des petites, des grandes boîtes, etc. Même pour aller s’amuser, on y va, en boîte, bien sûr dans sa caisse, hein, bien entendu… Et puis vous avez la dernière boîte où on stocke les vieux, en attendant la dernière boîte que je vous laisse deviner. Voilà pourquoi je me pose la question : existe-t-il une vie avant la mort ? »

Pierre Rabhi, TEDxParis de 2011

 

Sans être obligé de s’exclure du système et de devenir moine bouddhiste au Tibet, la première étape de la liberté est de prendre conscience de ces chemins de pensée tout tracés que nous imposent ces boîtes cognitives. En effet, en se rendant compte que ces boîtes nous empêchent d’une certain façon de penser par nous même, on a déjà mis un pied hors de cette boîte. Se rendre compte que l’on peut être libre de penser par nous même, c’est se rendre compte que nous pensons, c’est quelque chose de très fort, c’est la conscience de la conscience, ce qu’on nomme également méta-cognition |3| en sciences cognitives. Personnellement, je trouve que se rendre compte de sa méta-cognition est quelque chose de génial, d’hyper cool et de superbement stimulant. J’aime rapprocher la méta-cognition au Cogito de Descartes (La formule célébrissime  “Cogito, Ergo Sum” : “Je pense donc je suis”).  On parle généralement du Cogito, pour exprimer l’intuition acquise par le sujet grâce à sa conscience de lui-même. Là, grâce au Cogito, on se rend compte que l’on pense par nous même et on sort un pied de ces boîtes cognitives.

 

Ce qui encore plus génial, c’est que beaucoup de philosophes ont réfléchi à ces boîtes (même s’ils ne l’ont pas vraiment dit comme cela) qui nous enferment et nous font souffrir mais que nous n’avons jamais exprimé. En effet, même si nous n’avons pas conscience de ces boîtes cognitives, nous ressentons des sentiments issus de ces boîtes.Ce sont ces sentiments qui sont à la source de notre insatisfaction et qui nous font désirer l’ailleurs. Ce sont ces sentiments qui nous énervent, que nous ne comprenons pas et contre lesquels nous n’arrivons pas à lutter. Ces sentiments d’insatisfaction vous donnent le sentiment que vous êtes enfermé dans ces boîtes cognitives, mais comme un sentiment n’est pas verbalisé, nous n’arrivons pas à l’exprimer.

Ces sentiments d’insatisfaction , tout le monde les ressens en soit mais ce ne sont que des sentiments, on ne peut pas les identifier car nous ne les avons jamais personnellement formalisé. Et, les formaliser c’est les verbaliser, c’est-à-dire les énoncer grâce à des mots dans une phrase. C’est d’ailleurs pour cela que l’on passe souvent à autre chose….

C’est là, que ce site va prendre tout son intérêt! Beaucoup de ces sentiments d’insatisfaction ont été verbalisées par des philosophes ou des experts et donc beaucoup de solutions ont déjà été énoncée et ces solutions sont très facilement transposables à tous et à chacun.

Quel est mon but avec ce site internet? Neurosciences et philosophie appliquée

Avec ce site internet, je veux vous faire voyager, vous faire rêver, vous ouvrir sur le monde, stimuler votre créativité et votre liberté, que vous identifiez ces boîtes cognitives desquels vous pouvez sortir! Je veux essayer de vous faire vous faire sortir de cette spirale néfaste dans laquelle Facebook nous happe. Ce que je veux c’est simplement qu’entre deux articles sur Buzzfeed et des centaines de vidéos Youtube, vous lisiez un de mes articles. Et que, pendant 2 min,  vous pensiez différemment des chemins de pensée imposés par ces boîtes cognitives, que vous imaginiez de nouvelles possibilités, que vous soyez curieux, ouverts, libres. Forcez-vous à refuser le statu quo de temps en temps, arrêter de vous dire ” c’est comme cela et pas autrement, on a pas le choix, on ne peut pas lutter”. Il y a peut-être un autre façon de voir les choses et de vivre sa vie. Soyons maître de notre vie, essayons de penser par nous-même. Et je pense que nous avons beaucoup à puiser dans la les écrits philosophiques pour comprendre notre vie.

Du reste, je ne cherche pas à donner des solutions philosophiques dogmatiques que l’on doit appliquer à la lettre pour s’épanouir. Non, je veux fournir une réflexion originale et ouverte, en somme anywhere out of the box. Je veux faire des liens que l’on ne voyait pas avant. Mes interprétations de certains auteurs sembleront dissoner avec les paroles initiales de l’auteur. Mais comme l’expliquait l’Empereur romain Justinien en 529 dans son Code |4| « Il n’y a pas de doute qu’on pèche contre la loi si, en s’attachant à sa lettre, on contredit la volonté du législateur ».  Ici on ne travaille pas sur un texte juridique mais philosophique. Cependant la logique est similaire: je ne pense pas que l’on ne doivent pas s’attacher à la lettre de ce nous on dit tel ou tel auteur, il faut élever le propos et ne pas s’arrêter sur les mots. Mais il faut réfléchir sur les pensées et les réflexions qu’ils nous ont laissé et surtout, les adapter à nos problématiques modernes. Là nous faisons vraiment de la philosophie et nous pensons par nous-même.

Reprenons sur le but de mon site. Picasso disait “All children are born artists. The problem is how to remain an artist once he grows up.” Mon objectif est de vous rappeler que vous êtes nés artistes, qu’en vous il y a quelque chose qui vous singularise et que parfois il faut se rappeler qu’il ne faut pas écouter ce que nous rabâche les autres et que l’on peut penser par soi même, on peut être libre. Je veux réconcilier les jeunes avec la connaissance et la créativité, qu’on arrête de suivre des chemins neuronaux préétablis par des boîtes cognitives. En d’autres termes et pour reprendre la formule de la conférence TEDxParis 2016, qu’on arrête de dire que le nouvel âge dort.

See you,

 

 

|1| Gabrielle Dufour-Kowalska, Caspar David Friedrich: aux sources de l’imaginaire romantique

|2| La cognition est l’ensemble des grandes fonctions de l’esprit liées à la connaissance.

|3| La métacognition est la « cognition sur la cognition ». Autrement dit, la métacognition consiste à avoir une activité mentale sur ses propres processus mentaux, c’est-à-dire « penser sur ses propres pensées »

|4| Repris par Saint Thomas d’Aquin dans sa Somme Théologique


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